Des élèves de 6ème racontent le confinement dans leur émission de radio
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Des élèves de 6ème racontent le confinement dans leur émission de radio

actualisé le 13/08/2020 à 18h12

A Saint-Chamond, dans la Loire, une web radio collégienne a dû s’adapter au confinement. Face aux activités scolaires à l’arrêt et aux projets suspendus, les élèves d’une classe de sixième ont raconté leur quotidien… depuis chez eux.

“Ce projet a remplacé l’autre, et finalement il était beaucoup plus d’actualité, et les élèves ont adoré”.

Au téléphone, l’enthousiasme de Marion Pacrot est communicatif. Professeure de français et encadrante de la web radio du collège Pierre Joannon, depuis le début de l’année elle organisait avec sa classe de sixième – 19 élèves – des ateliers radio sur le patrimoine industriel de la ville. Mais avec la crise sanitaire du Covid-19, les élèves sont rentrés chez eux, et les ateliers se sont arrêtés. Avec l’intervenant radio, ils ont alors décidé d’organiser des émissions confinées, diffusées sur les ondes de la radio locale de Saint-Etienne, Radio Dio.

“Pendant le confinement, j’ai suivi le lancement de nombreuses web radio partout en France, et ça m’a donné l’idée d’essayer à notre échelle. Et puis avec les jeunes, comme on avait déjà beaucoup travaillé sur l’oral à travers des podcasts, l’idée du direct s’est assez vite imposée”, détaille Samuel, l’intervenant radio, technicien et administrateur de Radio Dio, la radio locale de Saint-Etienne.

Surtout que la thématique, elle, était toute trouvée. Comme le nom de l’émission : « les pangolins confinés ».

Emission pendant, et sur le confinement

“Finalement, ce que je reprochais au projet Radio School, la web radio de l’école, c’était le manque de lien avec l’actualité”, poursuit Marion Pacrot

Avec deux émissions de deux heures, l’enseignante a comblé ce manque, même si tous les élèves ne participaient pas. 

Lors de la première émission, diffusée le 17 avril, six d’entre eux racontaient leur confinement, chacun leur tour. D’abord une présentation du lieu où ils étaient confinés, des membres de leur famille, leur rapport aux devoirs à distance mais aussi les relations avec leurs camarades, puis une anecdote sur leur quotidien. 

>> Deux émissions à retrouver sur le blog de Radio School.

Pendant le confinement, les élèves ont enregistré deux émissions « des pangolins confinés », en direct sur Radio Dio

« Je m’appelle Colombe, et je suis confinée avec ma famille et mon chat. Nous avons la chance d’avoir une cour et un petit jardin. Je travaille le plus souvent seule. Ce qui me manque le plus, ce sont mes amis.  »

« Je m’appelle Baptiste, j’ai 11 ans. Je suis confiné avec mes deux sœurs de 10 et 11 ans. J’habite à la campagne, nous avons des poules, des moutons, et des ruches. J’adore le travail à la maison. « 

« Je m’appelle Yasmine, j’ai douze ans. Je suis confinée avec ma famille et mon chien. L’école à la maison c’est plutôt difficile car il n’y a pas les professeurs pour nous expliquer les devoirs. Avec mes amis nous avons créé un groupe sur l’application Whatsapp pour rester en contact. »

« Je m’appelle Raphaël, je suis confiné avec mes deux frères, mes cinq sœurs, ma mère et mon père. Nous n’avons pas d’extérieur. Je passe environ 1h30 à travailler, souvent tout seul. Mes loisirs c’est la télé et le ménage car j’aide ma mère à faire le ménage sinon elle est toute seule. »

« Une anecdote, c’est que chaque semaine notre papi nous amène des courses, et nous les récupérons du balcon avec une corde ! » Sohann.

A plusieurs frères et sœurs dans un petit appartement sans extérieur, la réalité diffère évidemment de celle vécue en maison, avec des parents disponibles pour les devoirs. L’émission permettait de livrer une parole finalement peu entendue sur les chaînes d’information traditionnelles, celle des enfants, brute, et sans filtre. 

“C’était très touchant. Certains nous ont vraiment livré de jolies histoires, il n’y avait aucune pudeur comme celles que peuvent avoir les plus grands à se livrer. Mais leurs récits témoignaient aussi d’une réalité contrastée, de rapports différents au confinement, aux devoirs…”, constate leur professeure de français, Marion Pacrot.

Une technique « rien de plus simple »

“On avait préparé des questions en amont, et eux avaient rédigé leurs textes. On avait aussi prévu un conducteur pour qu’ils prennent la parole chacun leur tour. Ils savaient qu’à telle heure ils devaient appeler, je les réceptionnais hors antenne puis les basculais en direct”, enchaîne Samuel. 

Quant à la technique à distance, “rien de plus simple”, assure-t-il. Les élèves étaient au téléphone, et le technicien diffusait depuis chez lui :

“On a repris les mêmes outils que toutes les web radio libres. J’utilisais le logiciel BUTT qui permet d’envoyer un flux audio depuis ma table de mixage. La particularité c’est que pour être en contact avec les élèves, je branchais un téléphone de façon rudimentaire, de façon à ce qu’il y ait  juste le son qui rentre dans la table de mixage : les élèves m’entendent par le haut parleur, et le son d’envoi passe dans table de mixage. Comme ça le direct se fait à distance.”

Tout simplement.

Samuel, intervenant radio, à la technique de l’émission.

La seconde émission diffusée le 15 mai, portait quant à elle sur le déconfinement et la reprise des cours dans un contexte sanitaire encore incertain.

“Le format était plus léger, ils avaient moins préparé en amont, et l’idée était vraiment de les faire raconter leur ressenti face au déconfinement”, poursuit la prof Marion Pacrot. “Et là aussi, on a perçu les différences ; certains ont envie de reprendre mais leurs parents ont peur pour eux, d’autres ont un petit frère fragile…”

Tout au long du direct, la professeure échangeait avec ses élèves via les classes virtuelles du Cned.

“Pour ceux qui n’étaient pas connectés, je leur envoyais des textos ou les appelais. Il y avait une énorme synergie de groupe !”

Une fois les émissions terminées, Samuel s’est chargé de réaliser des montages raccourcis des deux émissions pour les mettre en ligne sur le site de Radio School. 

Découvrir la radio sous toutes ses formes

Ces derniers mois, la classe avait entamé un projet plus historique : retracer le patrimoine industriel textile de la ville de Saint-Chamond, ancienne capitale du lacet. 

Les élèves de la classe à PAC ont réalisé des interviews et compte rendus de visites sur le patrimoine textile de leur ville.

Le projet radio remonte à trois ans. Inscrit dans le cadre d’une classe à « projet artistique et culturel » (PAC), il se déroule tous les vendredis après-midi lors de l’heure de français, encadré par la professeure de cette matière.

“Les ateliers peuvent se tenir grâce à un dispositif qui s’appelle « école ouverte » et qui permet de rajouter des heures pendant les vacances, les mercredi après-midi ou les samedi pour réaliser des visites et financer des projets”, précise l’enseignante en charge.

Un projet financé sous forme de subvention à hauteur de 1220 euros pour 21 h d’interventions, octroyées par la délégation académique aux arts et à la culture (DAAC) de l’académie de Lyon. Comme cette enveloppe ne couvrait pas toutes les visites et transports, le reste (537 euros) ont été répartis entre participation financière des familles et le collège.

La première année a surtout consisté à se former aux côtés d’un intervenant, expliquer aux élèves comment monter des émissions. C’est à ce moment aussi que le site web a été créé, que les élèves ont  trouvé le nom de la radio. Par la suite, les ateliers se sont fondus dans un autre programme, le projet LING.

“Le but de ce projet est de rendre vivant le patrimoine de la région, c’est ainsi que cette année on a ancré les ateliers radio sur l’industrie textile de Saint-Chamond”, explique la prof de français. On a fait des micro-trottoirs, des visites d’usines et de musées, rencontré des anciens tisserands, puis réalisé des comptes-rendus audio sur la webradio ; les élèves ont par exemple cherché à qui appartenaient les noms des rues, ceux qui étaient liés au textile”.

En fin d’année, le projet devait aboutir sur la création d’un feuilleton radiophonique découpé en épisodes et diffusé chaque semaine. 

“On a vraiment exploré le fond puis les élèves se sont appropriés le média. Ils se sont enregistrés, on a travaillé la voix radio, la lecture oralisée…”

Pour l’enseignante, également professeure de théâtre, la radio permet de valoriser d’autres compétences que celles traditionnellement mises en avant à l’école.

“Ca peut permettre à des élèves moins bons en classe de se lâcher, car quand on enregistre en radio, on s’en fiche de qui on est, de comment on bouge, il n’y a que notre voix qui est importante. Et on leur montrait qu’une voix, comme un rythme, ça se modifie. On peut en faire ce qu’on veut”.

Les élèves ont eux-même trouvé dans leur entourage des anciens tisserands.

Une première expérience radiophonique

Samuel quant à lui insiste sur l’intérêt pédagogique de cette première expérience radiophonique, complétée par celle des directs organisés pendant le confinement. 

« Radio school participe de cet élan de faire de l’éducation aux médias à travers la fabrication de contenus en classe. Ces ateliers radio ont pour objectif de s’interroger sur ce qu’est une infirmation, et comment on fait passer un message à l’oral. »

“Lors de la première émission, on a passé deux heures en direct sur la radio locale (Radio Dio), mais ensuite les échanges se sont poursuivis pendant plus de deux heures sur le serveur de lasfero.net. On faisait des tours de dédicace, les élèves me demandaient de passer des morceaux, ils étaient inarrêtables !”, s’exclame l’intervenant. “ Je n’aurais jamais pensé que ça puisse produire un tel effet sur cette génération. Je pense qu’ils ont découvert le concept de la radio en direct sur internet”. 

Dans le même temps, comme l’émission était diffusée sur les ondes, les élèves transmettaient à leurs familles la fréquence.

« Ça nous a permis de discuter de pourquoi 89.5, comment fonctionne une fréquence…” poursuit l’encadrant.

Ainsi, au sein des radios privées, plus de 4500 fréquences sont utilisables sur la bande FM, qui s’étend de 87,5 MHz à 108 MHz. Les radios comme Radio Dio font partie de la catégorie A, classée par le CSA : il s’agit des radios associatives accomplissant une mission de communication sociale de proximité. Le slogan de la radio stéphanoise : « Libre, sauvage et impertinente ».

« J’ai beaucoup aimé faire de la radio parce que ça permet de participer à l’actualité »

Et au-delà, de relancer les discussions sur le rôle des médias, le traitement de l’actualité et les différences entre presse écrite, radio, ou télé.

“Moi, ce qui m’a plus, c’est de parler à la radio en sachant que certaines personnes de ma famille écoutaient”, raconte fièrement Colombe. “Je n’écoutais pas personnellement la radio avant, et encore moins pendant le confinement, parce que ça me démoralise. Souvent, ils ne prennent que le côté négatif des choses dans le monde”. 

“Moi, j’ai beaucoup aimé faire de la radio parce que ça permet de partager des choses qu’on aime bien et de participer à l’actualité”, explique Gabrièle, du fond de sa chambre.

Pour Sohann aussi, le bilan est positif.

“Les deux [émissions et travail sur le patrimoine industriel] étaient trop bien, mais j’ai bien aimé les reportages en début d’année, parce qu’on savait que si on faisait des fautes ça allait être retouché alors qu’en direct, on peut pas”. 

Preuve du succès des émissions, certains élèves ont même coupé leurs passages à l’antenne pour en faire un montage et le passer sur leur chaîne Youtube. 

L'AUTEUR
Margot Hemmerich
Margot Hemmerich
Journaliste indépendante basée à Lyon, spécialisée prison, justice et questions sociales

Boîte à outils

  • Une classe de 6ème à projet artistique et culturel (PAC) du collège Pierre Joannon de Saint-Chamond, dans le cadre du dispositif "école ouverte"
  • Financement : Délégation académique aux arts et à la culture (Daac) de l'académie de Lyon
  • Budget : 1220 euros pour 21h d'intervention
  • Un zoom H2N
  • Un logiciel de montage

La production

  • La création d'une web radio : Radio School
  • Plusieurs passage à la radio locale Radio Dio
  • Des comptes-rendus audio pour retracer le patrimoine industriel de Saint-Chamond

Contacts

  • Collège Pierre Joannon : 04 77 22 03 74